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ulrich troyer

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Cuisine digitale

Uli Troyer a grandi au Tyrol du sud, une région du nord de l'Italie à la frontière autrichienne où se mélangent deux cultures. En 1992, il s'installe à Vienne et commence à étudier l'architecture. Parallèlement il continue sa pratique de la musique, débutée à l'adolescence ; « Au début, J'enregistrais tout avec un magnéto 4 bandes : guitare, basse, chant, instruments culinaires (couverts, casseroles), c'était de la pop music biscornue. Puis je me suis détourné de la guitare. En 96 je suis allé à un concert de Fennesz et Pita qui m'a énormément impressionne... ». C'est le déclic ; Uli commence à toucher à l'ordinateur, au sampler. D'autres influences importantes furent Franz Hautzinger et Wolfgang Mitterer, mais la rencontre avec Mego fut décisive. C'est sûrement l'aspect minimal de la musique d'Uli qui a séduit Mego, même si « Nok » est un disque très rythmique. Cette musique sonne comme un dub pousse a ses extrêmes: courtes infrabasses, clics / bleeps très fins, sons scintillants... dans un agencement fort rythmé, un style original sur Mego : « C'est un des rares labels qui te laisse une liberté totale. Il n'y a pas un "Mego sound" typique. Par exemple Russell Haswell et Noriko Tujiko sont tout a fait différents. »

L'histoire de Troyer transpire dans sa musique, entre richesse cosmopolite et froideur des montagnes. Cela aboutit dans « Nok » à une sorte de groove dissèque.

L'activité actuelle de Troyer - l'architecture - s'y retrouve également, tout semble parfaitement a sa place : une fois posées les fondations du morceau, les sons s'ajoutent progressivement en couches, forment une unité solide, organisée, habitable. On peut même le sentir dans les titres les plus abstraits « Je préfère bricoler avec des tons et des sons qu'avec des matériaux lourds! Ce qui m'importe est la combinaison des sons abstraits produits par l'ordinateur et des bruits organiques provenant de mon appartement, remprunte à mes amis toutes sortes d'instruments et j'enregistre des fragments de sons que je retravaille digitalement. Dans ces sons on retrouve quand même l'âme j de l'instrument sans toutefois le reconnaître. Je crée ces sons moi-même, je n'utilise jamais les sons des autres. »

Il y a aussi un aspect mélodique dans sa musique : « j'aime les mélodies, mais "Nok" traite surtout de polyrythmies. Les mélodies n'ont qu'une fonction de timbre ou annoncent brièvement une situation ». Une autre passion anime Uli : la cuisine, qui semble l'influencer ; il utilise musicalement des accessoires culinaires : « Cuisiner est mon occupation préférée. Selon moi, il y a des points communs entre la musique et la cuisine : on peut expérimenter en n'oubliant jamais l'estomac et la sensibilité du goût. Ça ne veut pas dire que ce doit être de la cuisine maigre et saine ».

Humour et métaphore sont les deux ressources d'Uli Troyer, y compris pour ses projets à venir : « "Nok" est comme un film abstrait de science-fiction, Pour la suite j'ai envie de tourner un « film » tout à fait différent, avec d'autres "acteurs" et un autre "scénariste". Peut-être un film noir ou alors une émission culinaire ». Dans l'attente, l'antipasti « Nok » se déguste avec délectation.

(Jérôme Langlais, in: Octopus n°14 - printemps 2002)





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back to top | updated: 02/02/2017